Nid-de-Poule Cracking

Par Hadrien Sayf (Cryptos Crew, Rolling Fever, CC-META)

Pothole :
Que vous soyez automobilistes, motards, cyclistes ou piétons, il ne vous à pas échappé que la voirie était constituée de matières sensibles à l’usure et au froid, provoquant au mieux des craquements, au pire de véritables cratères urbains.
Ces fissures provoquant de nombreux accidents sont (suivant les quartiers) plus ou moins bien identifiées et comblées.
Elles peuvent se former à la suite du gel-dégel de poches souterraines remplies d’eau.
(cliquez ici, pour une Explication visuelle sur la formation de nid-de-poule.)

Pothole Patching / Pothole Repair
Un nid-de-poule (pothole) est une faille de sécurité dans le système routier, c’est une petite partie du code qui manque provoquant des glissements, du glitch, des trous, des bugs dans le circuit de la ville.
Véritable menace terroriste risquant à tout moment de tuer nos fils en moto et nos filles en patins à roulettes, bien plus dangereux au quotidien (pour un occidental) qu’Al-Qaïda, le Mossad ou l’administration US, le nid-de-poule est une plaie à panser, un scandale à dénoncer, une déchirure à recoudre, une dysfonctionnement que les whistleblowers du monde entier devraient observer, une faute d’orthographe à souligner.
En laissant un nid-de-poule grossir, vous devrez faire face à l’horreur absolue, un effondrement du sol, ou pire, une marmite du diable.

2010 Guatemala Sinkhole

Nid-de-Poule_Sketch 2013 by Hadrien SayfUrban Hacking :
Je me réclame du “Low-Tech Hacking”, pratique consistant à détourner ou modifier l’usage d’un objet, d’un outil ou d’un système de manière simple et relativement rapide.
Inspiré par la science-fiction et les techniques de survie, je tente d’établir des passerelles entre l’Intellect et le Cyberspace.
La façon dont les hommes ont conçu les technologies et les machines reproduit le modèle du Nouvel Ordre Urbain, qui s’inspire à son tour de l’architecture des ordinateurs et du réseau.
Ma pratique artistique est liée à l’Urbs et aux Suburbs que je compare aux circuits électroniques complexes.
La culture nomade du Low-Tech dans ce système est un nouveau typon imprimé, empilé sur l’ancien afin de lui donner une autonomie propre sur la carte. Cette nouvelle couche ne se substitue pas à l’architecture principale mais procède à des réajustements, des améliorations, ou des perturbations volontaires afin de garder un certain contrôle sur le fonctionnement de la Cité-Machine.

Action directe et résistance, il n’y a pas de diplômes, de permis, ni de permission à obtenir pour se réclamer de l’hacktivisme qui est une expérimentation de la faille. Tout le monde peut participer à l’appel de l’artiste, il n’y a pas de propriété sur le concept, pas de hiérarchie pyramidale dans le processus de réalisation. Culture du contre ou contre-culture, l’intervention urbaine radicale est autonome, n’obéit pas aux règles du pouvoir, ne se laisse jamais récupérer par les institutions ou les élites culturelles car c’est l’avant-garde qui caractérise l’artiste indépendant. Un électron libre donne beaucoup sans recevoir ni subventions, ni éloges, mais c’est le prix de la liberté.
Il arrive cependant qu’il infiltre les circuits inférieurs afin d’observer les comportements, d’extraire des données intéressantes ou d’intervenir de manière furtive dans quelques tiers-lieux microprocesseurs.

Participez au “Nid-de-Poule Cracking”:
Que vous soyez artistes conceptuels, vandales, urbanistes, bricoleurs, mangeurs de pizza noctambules, il ne vous à pas échappé que la rue était un terrain de jeu constitué de supports à gribouiller, de surfaces à explorer, de T.A.Z à squatter, inspirant aux plus rêveurs d’entre-vous un sentiment de liberté jouissive et l’envie de tout changer, hacker, modifier, reconstruire.
C’est pourquoi, dans un élan de créativité subversive, c’est exactement ce que je vous propose de faire aujourd’hui, mêlant l’utile et l’agréable.

Munissez-vous de peinture orange et d’un vélo !

Pourquoi un vélo ?
Car il ne s’agit pas de “marquer” les rues n’importe comment, il faut tester le sol en condition réelle, manger du trou et en fonction de la secousse ressentie, encercler le nid-de-poule en conséquences.
De plus, vous devrez vaincre la monotonie de la tâche et renforcer votre corps pour ce combat, donc le fait de rouler vous permet de maintenir une forme physique agréable tout en vous amusant.
Il n’est pas à négliger la possibilité d’une course poursuite avec une voiture-balai ou la moto-crotte de votre mairie, la force de vos jambes dans ce cas-là sera votre salut.
Pourquoi orange ?
L’orange en plus d’être très voyant, est stimulant, subversif et créatif.
C’est aussi la couleur du danger se situant dans une gamme de longueur d’onde d’environ 635 à 585 nm (je ne sais pas pour vous, mais moi, je trouve ça dangereux).
La couleur à la mode à Guantánamo est précisément orange, il s’agit donc de mettre en détention provisoire ces nids-de-poule jusqu’à leur jugement devant une cour martiale.
Sous quelle forme ?
Un cercle plus ou moins parfait c’est très bien. Tout le monde sait le faire, il suffit de suivre la forme du nid-de-poule.
Un petit nid-de-poule = un petit cercle
Un grand nid-de-poule = un grand cercle aux traits plus épais (si possible).

Important
: Pendant votre mission, filmez ou photographiez vos oeuvres et postez-les sur les internets en mentionnant le nom Nid-de-Poule Cracking afin de faciliter la recherche et le référencement.
+ Envoyez vos liens au Collectif Citoyen META : MailTwitterFB
Les modérateurs se feront un plaisir de partager votre art urbain.

Nid-de-Poule_Sketch 2013 by Hadrien Sayf
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- Faites des graffitis citoyens obligeant les services de la ville à réagir.
- Epargnez les pneus de milliers de bicyclettes et de motos.
- Allongez la durée de vie des suspensions de voitures.
- Bouchez le trou de la sécurité sociale et sortez votre pays de la crise économique.
- Sauvez des milliers de personnes de la chute en combattant les nids-de-poule, ces matrices terroristes terriblement terrifiantes de l’asphalte.
- Soutenez la cause des lanceurs d’alerte orange.
- Participez à la lutte contre le véritable ennemi intérieur du citadin.
- Armez-vous et partez à l’assaut du bitume, soir et matin, qu’il pleuve, qu’il neige ou qu’il vente.
- Enfourchez vos bécanes, pots de peinture à la main.
- Encerclez les nids-de-poule, piratez leurs quartiers généraux et leurs serveurs, documentez les actions de la résistance, traquez les tranchées, braquez les projecteurs sur ces crevasses tueuses.
- Si vous le pouvez, rebouchez-les.

Nid-de-Poule Cracking. cc.Hadrien Sayf, 2013.

Nid-de-Poule Cracking.
cc.Hadrien Sayf, 2013.

Vous pouvez voir mon travail en cours ici :
http://sayf.wordpress.com/urban-hacking/nid-de-poule-cracking
Les photos sont sous Creative Commons donc servez-vous, pillez, copiez-moi sans oublier de mentionner vos sources.
Je suis actif au sein de plusieurs collectifs dont le Cryptos Crew et Rolling Fever, participe à quelques actions du CC.META et milite pour la culture du libre et du partage.

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Sources :
- Une définition de Potholehttp://en.wikipedia.org/wiki/Pothole
- Big Apple Pothole and Sidewalk Protection Committee :
http://en.wikipedia.org/wiki/Big_Apple_Pothole_and_Sidewalk_Protection_Committee
- L’effet du climat sur les routes : http://ptaff.ca/routes_du_quebec
- Un petit cadeau pour la route : http://www.youtube.com/watch?v=p_q9TbtBMNg

Licence Creative CommonsLe projet “Nid-de-Poule Cracking” d’Hadrien Sayf est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons : CC.BY.SA 4.0 (Attribution – Partage dans les Mêmes Conditions – 4.0 International).
Fondé sur une œuvre expliquée et documentée par le Collectif Citoyen Métèques & Aliens : cc.meta.
Les autorisations au-delà du champ de cette licence peuvent être obtenues en écrivant à l’auteur sur le formulaire de contact.

Tchad : Mise en place d’une exploitation agricole familiale durable à Linia.

Projet IFTAR _ Linia _ Africa _ 2013

Projet I.F.T.A.R / Extension d’espace cultivable.
01/11/2013

Propos recueillis par Harry Roswellhack.

Depuis 2012, le Collectif Citoyen Métèques & Aliens (CC.META) apporte son soutien de manière sporadique aux initiatives innovantes, collaboratives, artisanales ou artistiques en France puis récemment en Afrique. Suite à l’installation de puits dans la région de N’Djamena par quelques activistes de ce groupe informel, il a été décidé de prolonger ces actions de manière relativement anonyme avec une petite équipe réunie sous le nom de code “I.F.T.A.R”
Entretien avec un “Alien” du collectif.

- Pouvez-vous décrire ce projet en Afrique Centrale ?

- Nous avons cet été, collecté des fonds (100 % citoyens) pour permettre à des agriculteurs tchadiens de Linia (près de N’Djamena), d’assurer une production sur 2 hectares permettant de nourrir plusieurs grandes familles.
C’est le projet I.F.T.A.R
(Irrigation / Fertilisation / Terre / Agriculture / Rotation) qui fait suite à notre engagement auprès de nos amis tchadiens sur des problématiques de constructions, d’alimentation et de puits solidaires.
Situé en bordure d’eau, cette parcelle a la particularité d’être exploitable tout l’année.
Le terrain est désormais acheté et le matériel (tracteurs et outils) est sur le point d’être acheminé à N’Djamena.
La culture inventive des citoyens s’appropriant les technologies (Organisation artisanale) renforce durablement les activités de production, de conservation, de transformation (hacking) voir de commercialisation des produits locaux, contribuant ainsi via l’essaimage de la créativité et de l’artisanat, à plus d’autonomie en matière d’alimentation, de construction, de technique et d’innovation à long terme.

- L’objectif c’est une forme d’indépendance et de résistance face à l’abandon des terres par les descendants d’agriculteurs ? Une sorte d’innovation sociale ?

- L’autonomie au sens large est une priorité pour notre collectif, c’est pourquoi nous ne sommes ni une association, ni une ONG, encore moins une institution hiérarchisée.
Nous sommes libres de soutenir les plus démunis comme de travailler avec les plus riches afin de développer la transmission de savoirs, d’information, la libération d’espaces participatifs et la végétalisation.
L’innovation sociale consiste aussi à activer les échanges entre acteurs de changements sociaux, accompagner d’autres collectifs et faire en sorte de propager les initiatives citoyennes collaboratives, quitte à se tromper parfois, quitte à échouer.
Pas de culture du résultat pour nous, le fail est permis, le fail c’est l’apprentissage. Donc nous n’avons pas vraiment un “objectif” à atteindre.
Aucune crainte d’être mal vu ou d’être pris pour des rigolos, nous sommes des makers, donc nous faisons.

- Qu’avez-vous à dire à ceux qui pensent que vous ne pouvez pas aider toute la misère du monde ? Question habituelle, vous êtes combien la dedans ?

- 10, 1000 ou 1 000 000, nous sommes légion.
Les fourmis communiquent beaucoup (de manière sonore, tactile, visuelle, chimique…) et ne s’inquiètent pas vraiment du nombre de Whistleblowers.
Nous sommes des particules libres, mobiles, rapides, silencieuses quand il le faut, bruyantes et massives en cas d’urgence.
La liberté d’action que nous procure ce petit cluster est infiniment plus créative que n’importe quelle association ou organisation, et arrive même à se passer d’argent grâce aux complices connectés, indépendants, autonomes et disponibles.
Aucune adhésion n’est requise pour être membre de l’équipage, la soucoupe n’exige rien et ne pratique pas le fichage de ses participants.
Par ailleurs, cette action par exemple, à complètement échappé aux différents services de renseignement, chose impossible par les temps qui courent quand des individus n’empruntent pas les sentiers balisés par les « humanitaires ».
Une organisation déclarée en préfecture ne jouira jamais de cette liberté…jamais de la vie.
Cependant, pas de promesses ni de mensonges, nous ne pourrons pas améliorer les conditions de vie des agriculteurs et lutter contre la crise alimentaire ne serait-ce que dans un seul village mais nous pouvons soutenir, donner de l’espoir et des idées pour favoriser les circuits courts et le partage des connaissances, développer l’écosystème local de manière inventive avec l’aide de solutions high-tech & low-tech.
Nous pouvons contaminer beaucoup de monde avec des idées subversives et utopiques…vraiment beaucoup de monde.

IFTAR _ Linia _ NDjamena _ 2013


- Êtes-vous une nébuleuse d’Eco-Warriors ?

- Non, pas vraiment, nous sommes plus proches des hacktivistes, la vocation du CC.META est de libérer des zones en neutralisant les prises de pouvoir abusives grâce à l’activation de nos réseaux de contacts.
Nous aimons l’idée d’un service public alternatif liquide, traversant de manière pure les résistances institutionnelles.
La circulation fluide et antigravitationnelle est notre utopie d’Aliens.
L’écologie nous intéresse, la biodiversité par la préservation et la régénération des milieux naturels sont un peu notre plaisir à tous.
Le Guerilla Gardening ne s’arrête pas dans nos grandes ville occidentales, il se propage dans les campagnes asiatiques, américaines et africaines sans véritable étiquette.

- Un dernier mot ? Qu’attendez-vous en retour ?

- Dans notre souhait de servir d’appui dans les situations d’urgence, conscients que nos actions ne seront que gouttelettes dans cet océan de misère, nous seront là pour observer, explorer, partager nos connaissances de Métèques et d’Aliens libres avec les ‘oubliés’ du XXI° siècle.
Pour ce projet, nous espérons que les agriculteurs soutenus feront preuve de la même démarche de diffusion et de valorisation de ces fermes familiales.
Mais pour répondre à cette question de manière honnête, nous n’attendons rien en retour.
Nous sommes déjà en train de réfléchir à nos prochaines missions intergalactiques, certainement dans un tout autre domaine d’ailleurs.


CC.META
2013

 

μετοίκος & aliēnus

_ Avec nos gueules de μετοίκος / metoikos / métèques formidables et d’aliens artisans rustiques à la réputation de pirates vagabonds, rôdeurs, maraudeurs insubmersibles; nous avons décidé de mettre nos cheveux aux quatre vents pour rêver.
Loin des sphères du pouvoir et réfractaires à vouloir rentrer dans le rang (assimilation = mutilation), rafistolés après la baston nous sommes affûtés pour la bataille In Real Life / Away From Keyboard.
Cartes d’identités suspectes, absentes ou périmées, anonymes
lulz de la génération Y, nous voulons rencontrer les résidents de la cité pour partager nos utopies sans fichage biométrique.
L’anonymat est un bien précieux.
Codeurs/décrypteurs urbains aux multiples langages, prenant plaisir à jouer avec les systèmes d’exploitation, les médias, les technologies et la culture, nous sommes des hackers dans cette société cosmopolite & multidimensionnelle.

/ZUP
Les hiérarchies de contrôle utilisant la sécurité comme prétexte, surveillent la population dans le seul but de préserver les terres, industries et propriétés des possédants privilégiés.
Nous n’avons pas besoin de cette protection.
Nous exigeons le respect de nos droits fondamentaux, le partage du pouvoir d’innovations, d’initiatives et d’inventions et la libération massive de Zones Utopiques Permanentes.
Nous exigeons la neutralité de l’espace public et des réseaux.
Il ne doit y avoir aucun obstacle juridique au partage volontaire ou au placement volontaire dans l’espace public d’œuvres par leur créateur.
Les citoyens ont le droit de se rassembler, l’action citoyenne est un droit inviolable.

Nous, étrangers, expatriés, nomades, immigrés, voyageurs réunis sous la bannière des Creative Commons et du Copyleft, allons partager l’agora avec les «barbares non-civilisés», libérer les données publiques et faire circuler les œuvres, l’échange, la créativité et la liberté d’expression.
Nous ne participeront pas à vos guerres ni n’obéiront aux «
PATRIOT Act» et autres «Alien and Sedition Acts» (Lois sur les étrangers et la sédition).

Les Métèques et les Aliens ont droit de cité en tant que citoyens.

 

CC

Mur pacifique > 2005

Mur pacifique, œuvre collective. 2005.

Mur pacifique, œuvre collective.
2005.

En 2005, sur un stand des Restaurants du Cœur, nous avons érigé ce mur d’expression libre de 2 X 3 mètres.
Entre 100 et 150 personnes (beaucoup d’enfants) se sont relayées pour écrire un message de paix.

Cette photographie est une illustration caritative et gentillette contenant en soi une forme d’auto-censure, le mur étant situé dans un endroit défini à l’avance par des placiers employés par la ville.
Cependant, l’énergie qui s’en dégage montre une rage créatrice digne de Jackson Pollock !
Ne doutez pas un seul instant que des murs 10 fois plus grand placés dans chaque ville puisse devenir des oeuvres majeures (et en constante évolution) de l’art contemporain.

Barry Mc Gee Barry Mc Gee Barry McGee 3

Nous bataillons depuis 15 ans pour pouvoir offrir aux citoyens des espaces de liberté aux dimensions ridicules, sans aucun financement, ni publicité.
La bureaucratie française à la fâcheuse habitude de placer des tampons entre nos initiatives et les habitants.
Déterrer cette photographie de nos archives est un moyen de re-motiver les troupes, les associations et tous les collectifs dans toutes les villes de France pour faire valoir nos droits à l’expression libre et sans entraves dans la cité.

Nous allons maintenant imposer pour nos actions, le pouvoir total à celui qui tient les pinceaux, de gré ou de force, avec ou sans autorisations.
Cela signifie : Pas de thématiques niaises lors de fresques, pas de censure,  pas de surveillance, pas d’argent sous la table, pas de récupération politique, pas de limites, juste des murs offerts au peuple jusqu’à la fin des temps.
Les pouvoirs publics doivent comprendre que l’homme du ghetto, celui à qui personne ne donne la parole, doit avoir le droit de créer, de s’exprimer, de défier les puissants par la créativité, de déclarer son amour, d’illustrer ses pensées même les plus sombres, de jeter de la couleur par pots de 20 litres, de tout effacer, de passer la nuit à peindre, de parler à ses concitoyens par ce biais, c’est non seulement un droit, mais surtout un devoir pour tout homme libre.
Cro-magnonement vôtre.

Le Repos du Fakir

Le Repos du Fakir

Le mobilier urbain est la partie visible d’un urbanisme hygiéniste qui modèle nos comportements dans les espaces dits publics. On ne peut plus se regrouper nulle part. On ne peut plus se reposer sur les bancs : ils glissent. Il en est de même des espaces collectifs des facultés construites après 68 : pas de rassemblement, pas de réunion ( fac de Tolbiac, paris 13ème).Cet urbanisme refoule les zonards, les sans abris, les jeunes vers des lieux moins contrôlés, hors du centre de Paris ville -monument obsédée par l’image figée, “propre” qu’elle veut donner d’elle même.

1) Piques à humains

Situés devant des devantures de banques ou de magasins de produits de luxe, ces piques en métal empêchent les passants de s’asseoir en attendant le bus : les corps obstruent la vision des marchandises exposées. On connaissait les piques à pigeons pour protéger les monuments, voilà maintenant les piques à humains ! Ceux qui osent encore s’y asseoir deviennent de véritables fakirs de l’espace public.

2) Sièges “assis – debout”

Créés par différentes agences de design pour le métro parisien, ces sièges pudiquement appelés “assis – debout” sont censés répondre aux attentes des nouveaux “nomades urbains”, entendez les jeunes cadres dynamiques qui parcourent Paris avec leur ordinateurs portables. Ces sièges hauts, inconfortables pour les personnes trop petites, âgées, serviraient donc à “l’appui éphémère” dans les stations devenues des “lieux d’étape”. Derrière ce discours publicitaire se cache la réalité du cahier des charges de ces bancs : empêcher la position couchée des sans abris, appelés dans le jargon de la RATP les “indésirables”.

3) Sièges individuels

“On offre des sièges individuels, on reconnaît l’individu, la personne, le client” designers de la RATP

Derrière ces propos positifs se cachent des dispositifs sécuritaires : individualiser l’usager c’est aussi l’isoler des autres par des accoudoirs , par la forme en coque du siège, le séparer de son voisin en espaçant de plus en plus les sièges. Plus de réunions improvisées, plus de flirts sur les bancs publics : on s’assoit seul, et on circule.

4) décors obstructifs

Devant les entrées d’immeubles, regardez les anciennes jardinières : elles fleurissent de rochers artistiquement agencés, de galets, voire de faux cactus. Ces nouvelles décorations n’ont pas été placées là uniquement parce qu’elles sont faciles à entretenir : elles empêchent les regroupements, l’abri et la mendicité auprès des riverains.

Traiter l’effet et pas la cause

Tout le monde souffre de cet inconfort. Mais les sans abris sont les véritables victimes de cette politique absurde : pour eux, c’est la violence absolue, ajoutée à l’absence de sanitaires publics et aux difficultés d’accès aux foyers d’hébergement. Et pourtant, ce design qui cherche à les exclure est en partie inefficace : les sans abris restent dans les espaces où les touristes circulent car l’argent circule aussi. Et ils dorment quand même dans le métro quand il fait froid, mais par terre. Il faut remplacer ce design d’exclusion par un véritable travail social, une autre politique de logement des précaires, une autre conception de l’espace public.

Un urbanisme de situation

Loin du design des mobiliers urbains sur catalogues, une autre conception de l’aménagement existe : un urbanisme participatif, de situation, qui favorise le regroupement des citoyens, une conception transversale de la ville, élaborée directement avec les désirs et les savoirs faire des habitants, où l’architecture, le travail social, le paysagisme et l’art s’interpénètrent.

Gilles Paté, plasticien, novembre 2003

Un film de Gilles Paté & Stéphane Argillet.

Le Repos du Fakir esquisse une typologie de mobiliers urbains anti-sans-abri à Paris. La gestion technocratique de l’espace public considère les corps comme des objets qui gènent la régulation des flux. Les citoyens sont infantilisés, agressés par ces dispositifs anti-ergonomiques. L’espace est dégradant / dégradé. Aujourd’hui, l’espace public cesse d’être un espace partagé. Il incarne les violences des pouvoirs.
Gille Paté in EXISTENCE (le journal de l’Apeis (Association pour l’emploi, l’information et la solidarité), novembre 2003)
2003 • France • Documentaire • 6 min • Couleur • Dvd

Téléchargez ici : Le Repos du Fakir (PDF)

Mais aussi : Espace public & intérêt général.
Des vidéogrammes de ce film par la revue Vacarme.
Ainsi qu’une partie du débat ayant eu lieu à Ivry-sur-Seine (la fenêtre-expo) le 26 mars 2004.
Enfin une définition de la prévention situationnelle sur wikipedia.

Source : http://www.gilfakir.com/